Le Rôle des Peurs dans notre vie. Comment je les rationnalise ?

Je rappelle que la rationalisation est un procédé par lequel je cherche à donner une explication cohérente à mes sentiments, émotions et comportement qui en découle, sans être conscient des véritables raisons !
Ce procédé est tellement répandu que peu de gens ont conscience de leurs peurs ! Je le constate : très souvent lorsque je fais remarquer à une personne qu'elle a peur, elle commence par nier, elle est surprise, elle ne savait pas qu'elle avait peur !
Les peurs reconnues sont celles qui se déplacent sur des “objets symboliques”. Car dans ce cas, la personne ne pense pas du tout qu'elle exprime quelque chose de très personnel !
En effet, qui se pose la question : Que représente l'objet de ma peur ?
Une araignée, une souris, un chien ? Le vertige, la vitesse ?
L'apprentissage de quelque chose de nouveau, l’aversion pour les mathématiques ?
La claustrophobie, l'agoraphobie ? La peur du noir, de l'orage, des fantômes, de l’avion ?
La peur de la maladie ? La peur d'un supérieur hiérarchique, d'un collègue et même… De mon conjoint ?
Il y a des myriades de peurs qui se sont déguisées pour ne pas s'avouer ! Et c'est comme si tout était “normal” comme si ça ne posait pas question !
Pourquoi ce déni de nos peurs ?
Parce que c'est une émotion désagréable, perturbante, dérangeante, la réaction automatique est de la balayer pour ne pas reconnaître nos fragilités !
Nier nos peurs est-ce sans danger ?
Absolument pas ! Car si au niveau conscient j'élimine un inconfort, la peur insistera… Et il n'y aura aucune chance d'évolution de mon organisation interne : il y aura blocage !
Et… Symptômes physiques qui tentent d'exprimer ce que les mots n'ont pu dire !
D'où viennent nos peurs ?
Pourquoi a-t-on si souvent peur (sans pouvoir nommer l'essentiel !) alors qu'il y a rarement de danger réel ? Nos peurs émanent d'un “schéma relationnel de Base” qui nous a coupé du réel !
Le schéma relationnel de Base est ce que nous avons imprimé à notre insu de par la relation que nous avons eue lors de notre “construction” avec nos figures d'attachement : nos parents !
Lorsque nous sommes enfants nous avons un besoin vital d'amour et si c'est assez simple avec certains parents : on est facilement “sécurisé”, il n'en va pas de même dans bien des cas !
Un enfant ressent, sans qu'on le lui dise avec des mots ce qu'il peut ou non attendre de ses parents, s'il peut être spontané sans danger ou pas !
S'il peut s'exprimer ou se taire, pleurer ou ravaler ses larmes, crier ou être un gentil garçon, une gentille fille bien docile !
L'attitude de ses parents envers lui donne une image de lui-même. Tout est ingrédient pour bâtir l'idée qu'il se fait de lui-même, pour se définir !
Si ses parents sont présents, attentionnés à ses besoins, lui envoient des messages positifs, sont tendres, affectueux il aura une bonne image de lui et sera installé au fond de lui, sans effort, naturellement la conviction qu'il est une personne valable qui mérite le plaisir, le bonheur…
Il sera sécurisé et il aura confiance en lui ! En effet plus on a confiance en soi, moins on se sent en danger ! Car alors on n'est pas la proie de l'Autre !
Si ses parents sont distants, sont peu soucieux du plaisir et du bonheur de leur enfant, qu'ils ne sont pas conscients de ses besoins de tendresse, d'affection, de câlins, de valorisation… Qu’ils sont “moralisateurs” et plutôt enclins à le prendre en défaut parce qu'ils ont une idée préconçue de ce qu'il doit être et ne pas être… L'enfant sera insécurisé, aura tout le temps peur de déplaire, d'être rejeté…
Il se décentrera de plus en plus de lui-même pour se connecter à ses parents afin de deviner leurs attentes et leur convenir…
Il vivra dans la peur !
Car souvent ce sont des impressions ressenties mais pas pensées. Il y a un climat de danger mais rien n'est clair. Il faut donc louvoyer pour échapper tant bien que mal au danger !
Un enfant ne sait pas ce qui est normal ou pas ! Il ne peut pas penser que ses parents dysfonctionnent, donc il pense que c'est lui qui n'est pas un bon garçon, une bonne fille ! Il s'adapte tant bien que mal dans l'espoir d'être reconnu valable !
Pas facile quand les choses ne sont pas claires ! C'est-à-dire quand les parents n'ont pas conscience de qui ils sont : quelles blessures infantiles ils gardent en eux ? Et comment elles mènent leur vie aujourd'hui à leur insu et se répercutent sur leur enfant !
De ces deux types de construction, l'une sécurisante, l'autre insécurisante découlent des comportements très différents à l'âge adulte !
Ce n'est pas parce qu'il y a des gens plus malins que d'autres, des gens gentils et des gens méchants de naissance.
Non : On devient ce qu'on est grâce, ou à cause de nos parents !
Ce qui est grave ce ne sont pas les problèmes, qui peuvent être résolus ou en tout cas bien atténués, c'est la négation des problèmes, le peu d'intérêt porté à notre enfant intérieur que nous pourrions pourtant guérir !
Ce qui est grave, c'est l'excès d'adaptabilité acquis pendant l'enfance pour essayer de convenir… Qui se perpétue à l'âge adulte parce qu'il n'y a pas eu de questionnement !
Utilisez les pourquoi !
Ça ouvre des portes !
Intéressez-vous à votre fonctionnement.
Reconnaissez vos peurs :
La peur de ne pas être reconnue valable…
La peur d'être trahie, abandonnée…
Reconnaissez vos complexes au lieu d'en accuser les autres !
Arrêtez de croire que vos peurs sont justifiées par la réalité d'aujourd'hui !
Car elles le sont à cause de la Réalité de votre passé !
Ce que vous éprouvez a été justifié à une époque mais ne l'est plus aujourd'hui !
Ne confondez pas le Passé et le Présent.
Que de problèmes relationnels en découlent !
Que d'accusations qui ne s'adressent pas aux bonnes personnes !
Que de procès d'intentions !
Que “d'organisations névrotiques” élaborées à cause de l'histoire infantile qui n'a plus du tout sa raison d'être aujourd'hui !
Quelque chose dans le cerveau est bloqué dans le passé : je vois ce que j'ai vécu ! Mais ce n'est pas la réalité d'aujourd'hui !
Je crie, je tape, je proteste, je menace, je casse : je crois dur comme fer détenir mon ennemi !
Ce système de déplacement des problèmes tient, puisque beaucoup de personnes l'utilisent donc c'est la norme, la normalité, de ne pas se poser de questions sur soi-même et d'accuser les autres…
Mais ce système a un coût qui, hélas ne sera pas encore interprété !
Or, vous ne pouvez pas réparer une voiture, une machine si vous ne savez pas quelle pièce est défectueuse !
C'est pareil pour l'être humain !
Il y aura des symptômes… Mais eux aussi seront rationalisés au lieu d'être questionnés !
Les symptômes, comme les peurs sont des tentatives d'expression de quelque chose que j'ignore de moi-même ! Mais que mon corps a stocké en mémoire !
L'être humain a besoin d'être aimé mais s’il n'est pas capable de s'aimer lui-même il ne croira pas vraiment à l'amour, il aura tout le temps peur de perdre, il lui faudra alors éliminer des “potentiels rivaux… Ou obtenir les choses par la force !
Un point de repère pour savoir si votre peur est liée à la réalité d'aujourd'hui ou d'hier est l'évaluation de l'intensité émotionnelle : lorsque l'émotion est excessive c'est votre enfant intérieur qui s'exprime - qui exprime ce qu'il n'a pu exprimer en temps voulu !
Ce n'est pas grave d'avoir des peurs : nous sommes tous des êtres humains imparfaits et personne n'est indemne de traumatismes…
Ce qui est grave c'est de le nier : par la rationalisation. Rationalisation elle-même sous-tendue par le sentiment d'impuissance, de résignation… Donc bien des sentiments infantiles !
Ce qui manque : donner de l'importance à notre fonctionnement pour ne pas accuser injustement les autres, se connaître donc, s'accepter avec bienveillance… Ainsi nous pouvons accueillir la différence de l'autre sans y voir du danger pour nous !
Un adulte n'a peur que des dangers réels.
L'enfant blessé qui a acquis des peurs lors de sa construction demeure en nous si nous n'acceptons pas le fait qu'il ne suffit pas d'avoir un corps d'adulte pour ne plus se comporter en enfant.
Aucun parent ne peut éviter d'avoir semé des peurs chez son enfant de par son attitude… Acceptons cet inconvénient sans s'y soumettre pour autant.
Cherchons à nous libérer pour une vraie jouissance de la vie !
Elisabeth Bocquet
Psychanalyste à Dinard
www.bocquet-elisabeth-psychanalyste.fr
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