Tu es compliqué ! Savoir reconnaître les peurs de l'Autre !

Vous a-t-on déjà asséné ce reproche implacable qui vous plonge dans la tristesse de ne pas vous sentir compris sur un sujet qui vous tient à cœur mais bien plutôt d'être jugé coupable !
Vous êtes un trouble-fête !
Une personne à qui l'on dit cela est en général une personne très sensible, respectueuse des limites de l'Autre, mais trop indulgente ! Elle est honnête et a facilement de l'empathie, donc elle s'attend à ce qu'on en ait aussi pour elle dans un moment difficile !
Elle n'a pas encore compris que l'Autre ne fonctionne pas comme elle !
Elle faisait confiance !
C'est bien, mais il ne faut pas faire une confiance aveugle parce que ça peut être destructeur !
Ni accepter trop de frustrations en donnant toujours des excuses à l'Autre, parce qu’ainsi il y a le risque que cette distribution des rôles ne finisse par poser problème !
Il faut savoir être justement exigeant ! Ne pas prendre l'Autre pour un enfant ! Sous peine d'être bien déçu lorsque nous aurons besoin d'avoir un adulte en face de nous !
Ces interactions relationnelles ont pris racine dans notre famille d’origine et peuvent perdurer dans notre relation de couple, avec nos amis et dans le milieu professionnel.
Tout dépend de ce que nous en avons fait par la suite !
- Avons-nous pris conscience de nos traumatismes, de nos manques, de nos fragilités ?
- Avons-nous cherché à nous réparer ?
- Ou nous sommes-nous contentés de nous adapter en faisant taire notre Vrai Moi qui aurait pourtant eu beaucoup de choses à dire, à exprimer, à ressentir ?
Les expériences infantiles laissent des traces profondes qui se manifestent aujourd'hui par des peurs non reconnues, souvent, donc pas assumées !
Peurs que beaucoup essaient de faire taire pour ne pas avoir l'air bête !
Parce que l'intérêt pour notre monde intérieur ne fait pas partie des priorités puisque son importance n'est pas reconnue officiellement !
Il faut être efficace !
Avoir un travail rémunérateur, trouver un conjoint, des enfants, une maison...
Ça au moins c'est sérieux.
Mais les états d'âme !
Oh la la, qu'est-ce que c'est dérangeant !
Certains essaient mais il faut dire que ce n'est pas facile de se montrer Vrai ! Il faut être fort !
Pour être fort il faut avoir reçu suffisamment de valorisation et d’approbation pour ne pas douter de soi en face d'une majorité qui semble s'accommoder si bien d'une vie dépourvue d'une exigence de qualité !
Pourquoi cet endormissement ?
Pourquoi “pacter avec l'ennemi” ? Je veux dire avoir si bien appris ma leçon que je ne me révolte pas contre mes inconforts : je m'y adapte, je ménage l’autre et je compense !
Il y a tellement de façons de compenser !
Déjà se mentir à soi-même en se persuadant que : “ça va !.… Ça va ! …”
En fuyant dans le travail, dans la maternité, dans le sport, avec des amies, etc.
Qu'est-ce qui est à la base de ce fonctionnement qui m'empêche de m’affirmer ? Qui me pousse à me cacher en me taisant ?
- Un sentiment d'impuissance (qui est donc lié à l'enfance) qui incite à la résignation.
- La peur de perdre l’Autre…
- Le choix de la facilité immédiate.
Positions de repli qui finiront peut-être par une rupture brutale pour tenter de me récupérer !
Faut-il en arriver là ?
Sans compter que je recommencerai probablement ce scénario avec quelqu'un d'autre ! Pourtant un adulte peut agir dans la plupart des cas !
Personne n'a à subir l'insupportable ! Personne n'a à s'écraser pour maintenir une fausse paix !
“Je ne veux pas de conflit, je veux être paisible” dit une personne qui redoute de les affronter ! Mais le conflit refoulé agit à l’intérieur d’elle-même et la rend malade ! Les conflits sont inévitables dans les relations humaines ! Si nous sommes deux personnes honnêtes et de bonne volonté nous pouvons en faire quelque chose de constructif !
Que deviennent les conflits non exprimés ?
- Ils pourrissent la relation d'une part, car inévitablement des ressentiments s’installent ! Un jour ou l’autre ça éclatera !
- Ils se retournent contre nous avec des symptômes…
- Ils ne nous permettent pas de développer notre capacité existentielle c'est-à-dire de devenir le meilleur de nous-même, en perpétuelle évolution…
Car en brimant notre liberté intérieure ils brisent les ailes de notre créativité.
En fin de vie beaucoup de personnes qui n’ont plus les moyens de compenser ni la force de retenir leur agressivité vieillissent très mal ! On mettra ces comportements sur le compte de la vieillesse alors que leurs causes sont dues à ce qui n’a pas été résolu dans leur vie !
Comment faire donc lorsqu'une personne vous accuse d'être compliqués ?
- Résistez à la tentation (la faiblesse !) de vous remettre en cause !
Vous n'êtes pas coupable d'avoir éprouvé des émotions et de les avoir naturellement exprimées à quelqu'un censé être proche, intime avec vous : votre conjoint, un(e) ami(e) …
- Vous demander :
Pourquoi donc cette personne n'a pas été capable de vous écouter ? Qu’au lieu de cela elle s’est empressée de vous donner un conseil complètement déplacé alors que vous aviez juste besoin d'être compris.
Et que, plus grave encore, elle finit par vous accuser d’être compliqué !
La réponse est : Pour clore le sujet qui la provoque !
Je vais vous donner un exemple lié à une expérience personnelle : Récemment je fais part à une amie de longue date qui me téléphone, d'une action que j'ai effectuée dans l'espoir de régler une situation conflictuelle avec quelqu'un qui m'est très cher et la personne me répond : “Oh mais tu sais, les gens ne changent pas !” Et elle plaque aussitôt une récente expérience personnelle qui devait l'habiter, sur la mienne ! Elle brise mon espoir alors que l'espoir est toujours permis ! D'une part !
Et d'autre part j'aurais surtout eu besoin qu'elle s'y associe ce qui aurait été une preuve de son empathie à mon égard et m'aurait ainsi apporté chaleur humaine et réconfort !
Alors pourquoi cette affirmation brutale, cassante et fausse de surcroît, car il y a des gens qui changent ! Je suis bien placée pour le savoir !
Parce que c'est une personne qui ne s'est pas battue pour le changement justement ! Elle s'est adaptée à une situation dont elle se plaint pourtant et a mis tout un système de défense en place pour pouvoir la supporter !
Au prix de sa santé, qui se dégrade de plus en plus !
J'ai osé protester et lui dire ce que sa réflexion avait provoqué en moi mais elle n'a pas rectifié le tir ! “Je voulais te mettre en garde” a-t-elle insisté ! Continuant de ne pas s'intéresser à mes affects !
En fait elle me suggérait plutôt de faire l'autruche, comme elle !
Elle ne reconnaissait pas sa faiblesse, son aveu d’impuissance et elle érigeait son option fuite en bon système ! Quand j'ai essayé de lui faire remarquer que je ne pouvais pas fonctionner comme elle, elle m'a sorti la phrase fatale : “Je suis attristée par tes propos trop compliqués pour moi !”
C'était compliqué pour elle d'aller sur le terrain de la sensibilité à cause de tout ce qu'elle tente de refouler (mais que son corps exprime !) pour que sa vie soit simple ! … Je l'ai rarement remise en cause sur son déni des problèmes jusqu'à ce jour où elle a condamné mon obstination à les affronter, refusant ainsi ma différence !
Je ne suis pas compliquée, je suis exigeante !
Je ne transige pas avec la vérité et bien des gens me le reprochent !
Pour les mêmes raisons que cette amie !
En fait avec beaucoup de personnes on est tout simplement interdit de sensibilité !
Ça vient tellement ébranler leur système de défense que leur réflexe est de tout de suite se barricader. On ne peut pas aller sur ce terrain-là avec elles !
La relation est donc figée, elle ne peut pas évoluer ! Soit vous avez la force et l'envie d'accepter de ne pas pouvoir être spontané soit vous rompez !
Ce qui pose problème dans notre relation ce n'est pas tant l'option (tellement réductrice !) que cette personne a prise pour ne pas “se compliquer la vie” que le fait qu'elle n'est pas consciente de son fonctionnement et alors elle me reproche le mien : “Les proportions que ça prend” s’indigne-t-elle ! … “Tu montes les choses en épingle !”
Et crescendo : “Je suis mortifiée !”
Notez que ce terme extrême est surprenant de la part de quelqu'un qui est censé ne pas dramatiser !
Comment avoir une relation satisfaisante avec quelqu'un qui ne veut pas sortir un peu de sa “logique” pour entrer un peu dans la vôtre ?
Ce manque d'empathie est insupportable !
Mais bien sûr, on ne peut pas donner à l'Autre ce qu’on ne se donne pas à soi-même !
Si je me force à accepter des choses inacceptables je ne peux pas être à l'écoute des blessures de l'Autre ! Il doit en faire autant et surtout, ne pas en parler ! Lorsque je lui ai proposé qu'on clarifie la situation elle a refusé, elle voulait attendre que je sois plus paisible ! (L'équivalent du : va te calmer dans ta chambre que certains parents profèrent à leur enfant ! Alors qu’il a justement besoin de se sentir compris !)
Pourquoi en est-on arrivé là ?
En quoi suis-je responsable de cette situation ?
Comme j'étais dans une relation affective avec cette personne, j'ai minimisé son mauvais fonctionnement, pour ne mettre en valeur que ses points forts ! Je n'approuvais pas son système de fuite, son ambiguïté mais je me persuadais qu'elle ne pouvait pas faire autrement, que c'était trop dur pour elle ! En une trentaine d'années j'ai dû exprimer seulement 2 ou 3 fois mon désaccord ! Mais j'ai senti qu'il ne fallait pas trop aller sur ce terrain-là ! Que je devais tout accepter sous peine d'être jugée “écraseuse” - Ce que ma sœur m'a souvent reproché - ce n'est pas anodin ! …
En effet, tout en ayant travaillé la question et surmonté l'essentiel de mes traumatismes familiaux, il reste des séquelles !
À cause de cette accusation qui m'a d'ailleurs empêchée de vivre pendant des années, je n'ai souvent pas osé contredire l'autre !
Je cherchais à être juste ! Mais finalement je ne l'étais pas avec moi-même !
Grâce à cette expérience désagréable j'ai compris que c'était une très mauvaise chose de vouloir être dans une fausse communion, une fausse harmonie !
Si on ne peut pas être libre d'expression dans une relation nous sommes dans des malentendus : chacun se croit accepté tel qu’il est alors que c’est une illusion !
Ce sont les conflits qui permettent bien souvent de mieux se connaître. Mais ce n’est possible que si les deux protagonistes sont évolutifs ! Car si l'un des deux est figé dans une posture défensive il vous accusera de l'avoir agressé et n’en démordra pas ! Et vous n’y pourrez rien !
Ce que j'en conclus c'est que c'est nuisible d'être trop indulgent avec quelqu'un qui n'a pas au préalable reconnu ses problèmes ! Car dans ce cas c'est nous qui faisons seul l'effort de la compréhension : la relation est déséquilibrée ! Et la personne trouve ça tout à fait normal, elle n'a pas conscience qu'on prend soin de ne pas la blesser et le jour où nous avons besoin qu'elle en fasse autant c'est tout le contraire qui se produit !
C'est donc très difficile d'avoir une relation avec quelqu'un qui ne se connaît pas, car même en étant très respectueuse de ses limites, le miroir que vous lui faites de par votre façon de vivre crée certainement une tension, qu'elle aussi garde secrète !
Chacun n'a pris que ce qui l’arrangeait chez l'Autre !
Je lui ai d'ailleurs fait cette remarque : “notre façon différente d'aborder la vie a fini par poser problème !”
Je n'ai pas de réponse !
Il y a toujours à gagner sur notre “terre colonisée” ! Alors prenons le risque d'être vécu comme compliqué pour oser exister vraiment !
Osons affirmer notre différence sans nous sentir coupable !
Nous ne sommes pas la cause des problèmes qu'une personne cherche à tout prix à enfouir et elle n'a surtout pas à ériger son système de défense comme un modèle, preuve de son innocence !
On peut avoir de l'indulgence pour quelqu'un qui se débat avec ses peurs et prend les moyens d'évoluer mais pas pour quelqu'un qui est dans une posture, une organisation névrotique définitive ! Et en plus vous donne des leçons : c’est un comble !
Trop accepter de l’autre ne donne aucune chance à une évolution quelque fois possible. La vie est complexe, on ne peut la réduire au carré sans préjudices graves.
Les personnes qui vous accusent d'être compliqué sont des personnes qui refusent cette réalité, elles se comportent alors comme des enfants qui veulent seulement jouer, non comme des adultes responsables !
Il est donc indispensable de se connaître pour ne pas douter de soi lorsqu'on est accusé injustement par des personnes qui ne se connaissent pas ! Il faut prendre le risque de déplaire et le risque de la rupture : c'est toujours préférable à l'écrasement de soi !
Le respect de l'Autre et de ses limites ne doit pas nous empêcher d'exister ! Une bonne relation est une relation où les deux peuvent s'exprimer librement pour une meilleure compréhension mutuelle et donc plus d'amour !
La vie “reposante” est une sorte de mort. C'est un leurre, une illusion, un déni.
La difficulté fait partie de la vie et ceux qui n'acceptent pas cette réalité le paient très cher. Malheureusement ce n'est pas analysé comme tel !
Il y a toutes sortes d'explications qui déresponsabilisent et ne permettent pas de sortir de la prison des certitudes … À chacun de choisir s'il veut une vie digne de ce nom ou simplement vivoter !
Elisabeth Bocquet Psychanalyste à Dinard
www.bocquet-elisabeth-psychanalyste.f
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