Définition de deux phénomènes à l’œuvre dans nos relations avec les autres

Il s'agit du Transfert et des Projections (dont je parlerai ultérieurement).
Ce n'est pas compliqué à comprendre, chacun peut examiner ses relations (avec ses écueils récurrents) pour se convaincre de leur existence, à l'œuvre à notre insu si nous n'en avons pas été informés ! Que si nous ne nous posons pas de questions sur notre mode de fonctionnement, l'Inconscient prend les commandes de notre vie !
L'Inconscient, je le rappelle, est cette boîte à souvenirs oubliée dans le grenier ou dans une armoire… Contenant des trésors mais pouvant réveiller aussi des souvenirs douloureux ! Il y a plusieurs niveaux “d'inconscient” d'ailleurs.
Le Pré-conscient, dont le contenu n'est pas enfoui profondément…
Et l'Inconscient, totalement inaccessible à la conscience (sans l'aide d'une tierce personne !).
Le Transfert a pour origine et moteur le schéma relationnel de base : celui que nous avons connu avec nos premières figures affectives : nos parents et notre fratrie pour les plus importantes et les plus courantes.
Marqués positivement ou négativement, ou de façon ambivalente, par un style d'attachement, une “logique familiale” qui nous pousse à reproduire le modèle ou au contraire à prendre le contre-pied, nous croirons être libres dans telle ou telle réaction, alors qu'elle n'est qu'un automatisme, une… Habitude, une conséquence… Que nous n'avons jamais remis en cause ! Car elle nous paraît… “normale” !
Le Transfert est à la base de “Fausses vérités”, de certitudes bien ancrées, auxquelles beaucoup de personnes s'accrochent sans penser vraiment ! …
Pourtant “On dispose d'une quantité impressionnante de données, prouvant chaque jour davantage que les schémas d'attachement mis en place par un individu au cours de ses années d'immaturité petite enfance, enfance et adolescence — sont profondément influencés par la manière dont ses parents le traite*”.
Le Transfert est un déplacement d'affects :
Nous entrons dans des conflits — que nous aurions dû avoir avec nos parents — avec des personnes qui réveillent nos blessures (sans avoir eu aucune intention malveillante !) en croyant “dur comme fer” que cette personne a voulu nous nuire ou pire est la cause de tous nos malheurs !
Il est à noter que nous ne pouvons entrer en conflit qu'avec des personnes avec qui nous avons des liens affectifs ou sur qui nous avons projeté des liens affectifs !
Quand nos blessures n'ont pas été reconnues, elles sont réactivées dès que quelque chose nous rappelle ou nous fait craindre de vivre, de même qu'avec nos parents et fratrie, le manque affectif, le manque de valorisation, la trahison, l'abandon et quelquefois pire : la destruction dont nous avons été victimes à cause de messages négatifs, répétitifs, accompagnés d'un discrédit systématique de toute initiative personnelle.
Humiliés, dévalorisés tout au long de notre construction, nous serons à l'âge adulte, sur la défensive et tout sera prétexte à exploser par peur de revivre l'écrasement ancien et le non-respect de notre personne !
Mais cette colère ne s'adresse pas aux bonnes personnes ! Elle est transférée !
Parce que nous n'avons pas pris conscience de nos traumatismes, ou seulement intellectuellement, ce qui n'a pas permis la décharge des affects ! Endormis la plupart du temps mais réactivés et opérants à la première occasion...
L'intensité du transfert est liée au degré de destruction de notre vraie personne (notre Vrai Moi) que nous avons subie.
Et aussi donc, de la conscience que nous avons ou pas, par la suite, de ce phénomène. Si nous le prenons en charge, savons le repérer et le relier à notre expérience infantile nous ferons un effort pour en sortir, accepterons de reconnaître la différence entre la réalité d'hier et celle d'aujourd'hui et ainsi progressivement pourrons guérir notre “enfant intérieur” au lieu de continuer de fonctionner en réaction aux agressions et frustrations anciennes (sans le savoir, inconsciemment) : soit par le repli et le mutisme, soit par des explosions émotionnelles.
Peut-on accéder seul à la connaissance de ce mécanisme inconscient qu'est le transfert ?
Non, car par définition, l'inconscient est ce que nous ignorons de nous !
On peut en avoir une connaissance intellectuelle, ce qui est déjà un premier pas, mais ce n'est pas avec la tête qu'on peut apaiser les douleurs du cœur !
Nous avons besoin d'être compris et accepté par un être humain qui n'a pas peur d'affronter la vérité avec nous, qui ne nous “raisonne” pas et ne nous fait pas la morale.
Quelqu'un qui nous aide à “redorer notre blason” pour que nous ne dépendions plus aveuglément de la compréhension et de la reconnaissance de personnes incapables de nous la donner.
Pour que nous sortions de la prison dans laquelle nous sommes enfermés à cause d’une “programmation” qui nous a été défavorable, non à cause de ce que nous sommes mais à cause de ceux qui n’ont pas été en mesure de nous construire solidement : afin que je sache qui je suis, ce que je veux, ce que je ne veux pas…
Afin de ne pas me croire impuissant et la proie des autres. Donc être libre d’avancer dans la vie, certes pas toujours facile et pleine d’embûches mais pas résigné à la fatalité de la solitude pour se protéger de nouveaux coups !
Le transfert ne peut avoir lieu que si nous mettons de “l’affectif” dans une relation ! Le transfert est souvent latent et se manifeste par crises lorsque quelqu’un ravive sans le vouloir, de par ce qu’il est, avec ses capacités et ses limites, les traumatismes d’une personne.
La plupart du temps, les conséquences des transferts non reconnus comme tels ne sont ni visibles ni décelables car ils se répercutent surtout au sein de la famille, sphère privée à laquelle peu de personnes ont vraiment accès pour être en mesure de se rendre compte de ce qu’il s’y passe !
Une mère qui relate à sa fille adulte : “Quand tu es née, dès le premier jour tu m’as regardée noir” est dans un transfert massif ! La relation dans ces conditions démarre bien mal !
Cette mère était tellement persuadée que son “impression” était une réalité qu’elle ne chercha jamais à comprendre les raisons d’un tel ressenti ! Ressenti qui ne s’appliquait pas au présent mais au passé : l’hostilité de sa propre mère en était la cause !
Quel dommage que cette méconnaissance soit la source de tant de malentendus et de souffrance !
Les transferts peuvent être négatifs ou positifs. Un de mes fils me disait souvent quand il a démarré sa carrière professionnelle, en parlant de ses clients : “il/elle m’adore…”
Tandis que j’entendais mes patients à longueur de journée se plaindre de ne pas être aimés par tel ou telle ! …
Que le transfert soit positif ou négatif il serait très enrichissant pour tout un chacun, voire salvateur, de faire des liens entre notre histoire infantile et les différentes réactions que nous avons aujourd’hui.
Cette observation de nous-même permet l’ouverture d’esprit (et de cœur !) grâce à une distanciation régulière de notre propre expérience, ce qui nous incite alors à nous intéresser et nous enrichir de celle de l’autre !
Elle sera alors moins jugée, moins dévalorisée peut-être ! La nôtre devenant plus “relative” et non une référence absolue ayant valeur de modèle parfait ! Il y aurait alors plus de respect de la “différence”, plus de tolérance, plus d’empathie. Ainsi les relations humaines seraient plus paisibles !
﹡Yvane Wiart, “Stress et cancer : Quand notre attachement nous joue des tours”. Dr en psychologie, chercheuse au laboratoire de psychologie clinique et de psychopathologie de l’université Paris-Descartes
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