Que veut-dire se connaître ? Le Vrai Moi - Le Faux Moi

Tout le monde croit se connaître. Mais est-ce le cas ? Car qu'est-ce que cette connaissance suppose ?
Ghislain Devroede* affirmait : “Il y a deux sortes de personnes : celles qui savent qu'elles ont un inconscient et celles qui croient qu'elles sont ce qu'elles sont”.
Que veut dire je crois que je suis ce que je suis ?
C'est confondre le personnage et la personne !
Qu'est-ce que le personnage ?
Le personnage est un rôle !
Dans la vie sociale nous jouons un rôle, c'est-à-dire que nous nous comportons de façon civilisée, polie, modérée pour pouvoir vivre ensemble… Nous nous comportons en adultes raisonnables et non de façon passionnée. Or si ceci est la condition d'une vie sociale possible elle ne doit pas étouffer la personnalité : ce qu'il y a de plus vrai dans une personne, de plus vivant !
Si le “jeu social” est une nécessité, il est nuisible si nous nous définissons uniquement par lui ! Nous devons être capables de faire cohabiter en nous notre “Vrai Moi” et notre adaptation à la vie sociale qui, à cette condition, n'est pas un Faux Moi mais une stratégie.
Mais pour cela il faut connaître notre Vrai Moi !
Qu’est-ce alors que le vrai moi ?
C'est la capacité à reconnaître, accueillir et accepter ce qui se passe en nous au lieu de refouler ce que nous ne voulons pas voir de nous, nos émotions douloureuses ou tout ce qui pourrait troubler notre " tranquillité " en nous questionnant ! C’est accepter notre sensibilité au lieu de la contrôler à coups de rationalisations !
Pour construire notre Vrai Moi nous devons nous sentir en sécurité : être en confiance pour nous exprimer sans peur de représailles ! Et nous devons recevoir des “ingrédients” pour la même raison que si l'on ne sème rien dans la terre il n'y aura pas de récolte !
Les ingrédients sont les messages — verbaux ou non verbaux — qui nous aident progressivement à construire notre “Maison-Moi” grâce à l'encouragement à exister qu'ils représentent, et ainsi à nous définir ! Tout ceci sous-tendu par l'Amour. Mais, est-ce que le Moi peut être Vrai puisqu'on est forcément influencé par notre milieu ?
Le Vrai Moi ne veut pas dire liberté absolue, virginité, ça n'existe pas ! Et d'ailleurs on ne peut pas partir de rien ! Nos “tuteurs” nous influencent en fonction de ce qu'ils sont ! Et là réside le besoin d'être capable, en tant que parents, à la fois de faire des propositions, de donner un cap mais aussi de douter, de ne pas être pétris de certitudes étouffantes qui ne permettent pas alors à un être en devenir de se réaliser à partir de ses propres expériences !
La construction d'un Vrai Moi suppose de ne pas avoir à se déformer par peur de ne pas être aimé, d'être rejeté ou en tout cas de subir une pression importante pour convenir. Dans ce cas-là l'enfant développe un “Faux Moi”. C'est-à-dire qu'il a dû taire ses émotions, brider sa parole, inhiber sa spontanéité pour s'adapter aux exigences parentales, pas forcément prononcées clairement verbalement mais que l'enfant ressent très fortement.
Ce phénomène commence en général très tôt si bien, qu'arrivée à l'âge adulte, la personne ne se souvient même plus qu'elle a renoncé à être elle-même. Son “Faux Moi” est devenu une seconde nature dont elle a oublié l'origine.
On entend souvent cette réflexion à propos de quelqu'un : c’est sa nature ! Moi je dis c'est sa “dénature”. En effet on peut avoir été dérouté de notre axe, de ce qu'on avait comme “potentiel”...
Car si on ne naît pas fini, qu'il y a beaucoup à construire, il y a sans doute déjà des prémices de personnalité… Qui doivent être développées — de la même façon qu'une photo est révélée quand on la plonge dans le produit adéquat !
En effet, le séjour de 9 mois dans le ventre de la mère a sans doute déjà eu une influence ! En fonction de l’état émotionnel de la mère. Le désir — ou pas ! - Des parents également. Et l’accueil - ou pas ! - Aura un impact certain sur le développement de la personnalité !
Qu'est-ce qui est à la base du faux moi ?
Les problèmes non réglés des parents mais surtout pas reconnus !
Y a-t-il une construction parfaite possible ? Non ! Aucun parent n'est vierge d'une histoire donc il commettra forcément des erreurs qui pourront empiéter sur la liberté d'être de son enfant en construction.
Mais heureusement, on a le droit à une marge d’erreurs qui ne va pas traumatiser nos enfants !
Ce qui compte c'est d'avoir de la souplesse, que les choses ne soient pas établies une fois pour toutes !
La Vie est mouvement…
Avoir un “Vrai Moi” arrivé à l'âge adulte c'est donc être capable d'avoir une relation avec notre “enfant intérieur”- qui reste en chacun de nous jusqu'à notre mort !
Reconnaître émotionnellement ce qui l'a blessé, ce qui lui a manqué et réparé de différentes façons les plus ou moins grands dégâts !
Une personne qui n'a pas conscience de son enfant intérieur croit qu'elle est ce qu'elle est : c'est-à-dire : elle est médecin, il est ingénieur, elle est avocate, il est chef d'entreprise, etc.
Elle se réduit à une fonction, elle a un statut social qui lui procure une identité. Mais cette identité peut l'amputer d'une bonne partie d'elle-même.
Tout au long de sa vie active, bien occupée, elle pourra fuir les questions dérangeantes mais en avançant en âge et, particulièrement quand elle cessera son activité elle ne saura plus quel sens donner à sa vie car elle a oublié de nourrir sa vie intérieure ! Ceci a de graves conséquences sur la santé, psycho-affective et physique !
Se Connaître suppose donc que l'on soit très à l'aise avec notre enfant intérieur qui recèle notre Vrai Moi : c'est notre Inconscient tant que nous n'avons pas fait sa connaissance !
À l'école nous apprenons comment fonctionne le corps humain, y compris le cerveau mais, encore aujourd'hui, alors que notre société est de plus en plus sophistiquée sur le plan technique, est-ce qu'on nous apprend que nous avons un inconscient ? Qui pourtant joue un rôle primordial dans notre vie ! Puisque, si nous n'avons pas fait sa connaissance, nous ne savons pas pourquoi nous agissons de telle ou telle façon !
Et quand nous rencontrons des difficultés, agissant avec des principes de base erronés nous ne pouvons y remédier. En effet les principes de base sont erronés lorsque nous nous enfermons dans une logique bien ficelée : C'est alors une prison !
À quand la liberté ?
Lorsque j'accepterai que le rôle que je joue, que le personnage que je donne à voir ne représente pas toute ma personne !
*Ghislain Devroede était professeur de chirurgie colorectale, spécialiste des troubles digestifs. Décédé en 2022.
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